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Ces pays qui ont changé de nom (et ce que ça cache vraiment)

Birmanie, Swaziland, Ceylan, Macédoine, Turquie : derrière chaque nouveau nom sur la carte se joue une histoire de pouvoir, d'orgueil et d'identité.

16 juin 20264 min de lecture

Un pays qui change de nom, c'est rarement un simple caprice administratif. C'est presque toujours quelqu'un qui veut réécrire une histoire, effacer un colonisateur, envoyer un message ou, plus prosaïquement, qu'on arrête de le confondre avec un autre. La carte du monde bouge moins qu'on ne le croit sous nos pieds, mais ses étiquettes, elles, se décollent régulièrement. Petit tour d'horizon des rebaptêmes les plus parlants, ceux qui reviennent souvent piéger les joueurs de quiz.

Quand le nouveau nom sent la poudre

En 1989, la junte militaire au pouvoir décrète que la Birmanie s'appellera désormais Myanmar. Sur le papier, les deux mots viennent de la même racine : "Bamar", l'ethnie majoritaire. La version "Myanmar" est la forme littéraire, plus solennelle. Le problème n'est pas linguistique, il est politique. Ce sont des généraux non élus qui ont imposé le changement, sans consulter grand monde. Résultat : l'opposition démocratique et une partie de la communauté internationale ont longtemps continué à dire "Burma" par principe, pour ne pas valider la légitimité du régime. La France, elle, est restée fidèle à "Birmanie". Aujourd'hui encore, le choix du mot peut trahir une position politique.

La Macédoine, elle, a changé de nom pour avoir la paix avec un voisin susceptible. Pendant près de trente ans, la Grèce a bloqué à peu près tout ce que ce petit pays balkanique tentait de faire, sous prétexte que "Macédoine" est aussi le nom d'une province grecque, celle d'Alexandre le Grand. Deux pays qui se disputent un héritage antique, ça peut durer. L'accord de Prespa, signé en 2018 et entré en vigueur en février 2019, a tranché : ce sera la Macédoine du Nord. Un adjectif géographique ajouté, et voilà la porte de l'OTAN qui s'ouvre (adhésion en 2020) ainsi que le chemin vers l'Union européenne. Rarement une préposition aura coûté aussi cher en négociations.

Solder les comptes avec l'ancien maître

Certains changements de nom sont une manière de refermer la parenthèse coloniale. Ceylan en est l'exemple parfait. Ce nom, les Européens l'avaient bricolé au fil des siècles : les Portugais disaient Ceilão, les Néerlandais puis les Britanniques ont anglicisé en Ceylon. En devenant une république en 1972, l'île a repris son nom local, Sri Lanka, "l'île resplendissante" en cinghalais. Le colon avait plié bagage, l'étiquette coloniale devait suivre. Seule survivance têtue de l'ancien monde : le thé, qu'on vend toujours sous l'appellation "thé de Ceylan", parce qu'une marque commerciale se moque bien des indépendances.

Le Swaziland, lui, a fait d'une pierre deux coups en 2018. Le roi Mswati III profite d'un discours pour annoncer que son royaume devient Eswatini. Le mot signifie "pays des Swazis" dans la langue locale, le siSwati. Deux raisons affichées : effacer le nom hérité de la colonisation britannique, et surtout arrêter d'être confondu avec la Suisse. En anglais, "Swaziland" et "Switzerland" se ressemblent assez pour qu'on envoie un diplomate à la mauvaise réception. Le souverain a fait l'annonce lors du cinquantenaire de l'indépendance, qui tombait aussi le jour de ses cinquante ans. Un roi qui offre un nom neuf à son pays pour son anniversaire, l'histoire ne manque pas de panache.

Une question d'image de marque

Parfois, le motif est plus terre à terre : soigner sa réputation. La Turquie mène depuis quelques années une campagne pour qu'on l'appelle Türkiye, y compris en anglais et à l'international. Le gouvernement d'Erdoğan a déposé la demande auprès de l'ONU, qui l'a validée en juin 2022. L'argument officiel parle d'identité nationale et de fidélité à la façon dont les Turcs nomment eux-mêmes leur pays. L'argument officieux, largement commenté, tient en un mot : "turkey", en anglais, désigne aussi la dinde. Difficile de vendre son pays quand son nom évoque la volaille du repas de Noël. En français, le débat nous passe un peu au-dessus de la tête, "dinde" et "Turquie" n'ayant rien à voir, mais l'orthographe Türkiye grignote quand même du terrain dans les documents officiels.

Ces cinq-là sont les plus célèbres, mais la liste des rebaptisés s'allonge tranquillement. Le Zaïre est redevenu Congo. Les Pays-Bas ont demandé qu'on cesse de les réduire à "Holland". La République tchèque pousse depuis 2016 son nom court, Tchéquie. À chaque fois, la même mécanique : un nom n'est jamais neutre, c'est une déclaration en trois syllabes.

La prochaine fois qu'une question de géographie te tombe dessus dans une partie, méfie-toi des vieilles cartes rangées dans ta mémoire. Le monde tient à jour son état civil, et il ne prévient pas toujours.